Machine à écrire


Au fin fond d’une contrée…
mai 9, 2009, 8:19
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Un baiser de notre mère et on dort puis on devient l’auteur d’épopées sans limites, bien avant qu’elles ne s’enlaidissent. Joyeux et tristes, mes souvenirs sont métisses et leurs cendres sont mes disques.

Piloophaz – Au pays des rêves bleus (inédit)



avril 27, 2008, 10:24
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“Dans la pénombre de la salle de café le patron dispose les tables et les chaises, les cendriers, les siphons d’eau gazeuse; il est six heures du matin.

Il n’a pas besoin de voir clair, il ne sait même pas ce qu’il fait. Il dort encore. De très anciennes lois règlent le détail de ses gestes, sauvés pour une fois du flottement des intentions humaines; chaque seconde marque un pur mouvement : un pas de côté, la chaise à trente centimètres, trois coups de torchon, demi-tour à droite, deux pas en avant, chaque seconde marque, parfaite, égale, sans bavure. Trente et un. Trente-deux. Trente-trois. Trente-quatre. Trente-cinq. Trente-six. Trente-sept. Chaque seconde à sa place exacte.

Bientôt malheureusement le temps ne sera plus le maître. Enveloppés de leur cerne d’erreur et de doute, les événements de cette journée, si minimes qu’ils puissent être, vont dans quelques instants commencer leur besogne, entamer progressivement l’ordonnance idéale, introduire çà et là, sournoisement, une inversion, un décalage, une confusion, une courbure, pour accomplir peu à peu leur oeuvre : un jour, au début de l’hiver, sans plan, sans direction, incompréhensible et monstrueux.

Mais il est encore trop tôt, la porte de la rue vient à peine d’être déverrouillée, l’unique personnage présent en scène n’a pas encore recouvré son existence propre. II est l’heure où les douze chaises descendent doucement des tables de faux marbre où elles viennent de passer la nuit. Rien de plus. Un bras machinal remet en place le décor.

Quand tout est prêt, la lumière s’allume…

Un gros homme est là debout, le patron, cherchant à se reconnaître au milieu des tables et des chaises. Au-dessus du bar, la longue glace où flotte une image malade, le patron, verdâtre et les traits brouillés, hépatique et gras dans son aquarium.

De l’autre côté, derrière la vitre, le patron encore qui se dissout lentement dans le petit jour de la rue. C’est cette silhouette sans doute qui vient de mettre la salle en ordre; elle n’a plus qu’à disparaître. Dans le miroir tremblote, déjà presque entièrement décomposé, le reflet de ce fantôme; et au-delà, de plus en plus hésitante, la kyrielle indéfinie des ombres : le patron, le patron, le patron… Le Patron, nébuleuse triste, noyé dans son halo.”

Alain Robbe-Grillet, Les Gommes, 1953



février 27, 2008, 1:20
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Never knew murder ’till I seen my man get popped.
No blood soaking, laying there, eyes still open.
I got a little closer, put my hand on his palm
He was looking right through me, yo, staring beyond.
I wonder what he saw : the limoes, movies ans tours ?
Did he die in vain and represent for the cause ?
Now I put his name on everything I’m involved
And that’s the game, y’all can’t relate, fuck y’all.

Nas – My way


février 25, 2008, 11:50
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Elle le fixait et les larmes roulaient sur ses joues.

- Earl, chéri, tu sais que j’ai jamais eu envie que de toi, donc me dis pas des méchancetés, je t’en prie.

Sa voix était solennelle et ses yeux pleins d’horreur.

- Tu peux me dérouiller tous les jours de la semaine, a-t-elle repris, je m’en fous, mais m’oblige pas à te quitter. Me fais pas ça.

Il y avait une intonation menaçante, dans sa voix, mais il n’y a pas fait attention.

- Supplie pas, salope, parce que ça sert à rien, a-t-il déclaré.

Puis il a tendu la main vers le bouton de la radio et cherché une station de jazz.

Donald Goines, “Street Players”, 1973