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Les trois visages de la peur – Mario Bava
janvier 3, 2010, 10:19
Classé dans : Chronique de film

Réalisation : Mario Bava

Scénario : Mario Bava, Alberto Bevilacqua, Marcello Fondato

Avec : Boris Karloff, Michèle Mercier…

Synopsis : Le film est composé de trois sketches distincts mettant chacun en scène une situation horrifique. Dans ‘Le téléphone’, une jeune femme reçoit des appels d’un homme menaçant de l’assassiner. ‘Les Wurdalaks’ est l’histoire d’un jeune cavalier qui sera confronté malgré lui à ces créatures proches des vampires. Dans ‘La goutte d’eau’, une infirmière vole la bague d’une comtesse morte et semble pourchassée par son fantôme.

La plupart des gens qui voient “Les trois visages de la peur”, film à sketches de Mario Bava réalisé en 1963, retiennent le dernier, ‘La goutte d’eau’, comme étant le plus réussi – pour son audace esthétique, sa manière de faire monter l’angoisse à partir de détails sonores et ses éclairages. Je retiendrais plutôt le second, ‘Les Wurdalaks’. Rien de bien nouveau ni original, même à l’époque : le court métrage est une très classique histoire de vampires, rappelant à certains égards le premier “vrai” film de Bava, “Le masque du démon” (1960). Le passage du noir et blanc à la couleur permet au réalisateur italien de donner un nouveau souffle à l’esthétique gothique qu’il développe ; couvents en ruines, paysages noyés dans des volutes de brume et cavaliers solitaires prennent une toute autre dimension. Parfois bleutées lorsqu’il s’agit de rendre mystérieuse la nuit ou rouges/vertes quand Bava filme en gros plan le visage blafard de Boris Karloff et cherche à le rendre terrifiant, les lumières utilisées donnent des résultats inégaux, allant du beau au kitsch, mais créent une atmosphère dont le charme un peu désuet marque l’esprit. A noter aussi, la très bonne “outro” assurée par Boris Karloff, démystifiant avec humour l’illusion cinématographique, et le premier sketch, ‘Le téléphone’, sans doute une source d’inspiration importante pour Wes Craven et son “Scream”.



Qu’un seul tienne et les autres suivront – Léa Fehner
décembre 30, 2009, 12:01
Classé dans : Chronique de film

Réalisation : Léa Fehner

Scénario : Léa Fehner

Avec : Farida Rahouadj, Reda Kateb, Pauline Etienne…

Synopsis : Stéphane se voit proposer un marché qui pourrait changer sa vie, Zohra cherche à comprendre la mort de son fils et Laure vit son premier amour pour un jeune révolté incarcéré… Réunis par hasard entre les murs d’un parloir, ils auront chacun à prendre en main leurs destins.

“Qu’un seul tienne et les autres suivront” est une mosaïque de portraits et d’histoires qui se croisent à un  moment précis et en un lieu unique, le parloir d’une prison, sans réellement entrer en contact. Des bribes de vies, de colères, de désespoirs et de joies s’échappent des boxes de la salle, parvenant parfois jusqu’aux oreilles des autres visiteurs et détenus. Mais jamais plus – l’un des derniers plans du film montre chacun repartant de son côté après avoir dépassé le carrefour situé à l’entrée du parking de la maison d’arrêt. Pour son premier long-métrage, la jeune réalisatrice et scénariste Léa Fehner s’est lancée dans un pari ambitieux, sur un thème profond et difficile à rendre en images. Son film souffre d’un certain nombre de maladresses (dialogues parfois faibles, personnages manquant de relief, récits brouillons) et longueurs. Reste – au-delà du plaisir de revoir Reda Kateb, le gitan cinglé d’”Un Prophète” -  un certain nombre de scènes qui, indéniablement, visent juste, qu’elles soient dramatiques ou drôles, et quelques personnages forts, comme la magnifique mère courage interprétée par une Farida Rahouadj impressionnante de sobriété ou celui d’un médecin froid et (presque) insensible. Si seulement l’histoire avait pu faire l’impasse sur d’autres beaucoup plus anodins et se concentrer sur ceux-là pour les développer davantage…



La jeune fille et la mort – Roman Polanski
décembre 28, 2009, 1:46
Classé dans : Chronique de film

Réalisation : Roman Polanski

Scénario : Rafael Yglesias et Ariel Dorfman

Avec : Sigourney Weaver, Ben Kingsley et Stuart Wilson

Synopsis : Une république d’Amérique latine, au début des années 1990. Paulina Escobar est l’une des innombrables victimes de la dictature militaire qui a régné pendant plusieurs décennies sur son pays. Emprisonnée, violée et torturée, elle porte encore les traces physiques et mentales de ces sévices et vit désormais en recluse aux côtés de son mari. Un soir, celui-ci ramène chez eux un médecin en qui elle croit reconnaître l’un de ses bourreaux.

Réalisé en 1994, “La jeune fille et la mort” est le quinzième long-métrage de Roman Polanski. Sans scènes gore ou de torture, alors que le sujet aurait pu le conduire à en user et abuser, le réalisateur franco-polonais livre un huis-clos moite et oppressant. Situant son récit, adapté de la pièce de théâtre du même nom d’Ariel Dorfman, dans une ancienne dictature d’Amérique latine sans plus de précisions, Polanski livre une réflexion universelle et intemporelle sur les thèmes de la justice, de la vengeance et de l’âme humaine. En posant plus de questions qu’il ne livre de réponses, mais en laissant deviner que derrière des apparences propres et avenantes peuvent se tapir les pires des bourreaux. Chacun des trois personnages, formidablement interprétés par Sigourney Weaver, Stuart Wilson et Ben Kingsley, illustre les tiraillements auxquels chaque être humain est soumis, la (vaine) course à la recherche de la Vérité et la fragilité de la frontière au-delà de laquelle un homme peut basculer dans la barbarie et l’indicible. Face à de telles réflexions et à la tension continue que dégage le film, le suspense quant au sort qui sera réservé au docteur paraît bien secondaire.



Les cinq meilleurs films de Big John
mai 4, 2009, 2:43
Classé dans : Billet, Chronique de film

[Billet publié sur le blog Theater of the Mind en mai 2009]

De John Carpenter, quoi, mais ça fait vachement plus hype de l’appeler comme ça. Bizarrement, il y a assez peu de films de lui que je qualifierais de chefs-d’oeuvre, même si je reconnais clairement son statut d’auteur et de réalisateur “à part”. Carpenter reste à mes yeux un gars qui aura fait de bons, voire très bons, films, mais dont certains ont plutôt mal vieilli (“Le village des damnés”, “Christine”, “L’antre de la folie”, “Assault on Precinct 13″ – blasphème !) tandis que d’autres gagnent en force avec le temps. Mais il fait partie de ces quelques réalisateurs dont les meilleurs films me poursuivent, au point que j’ai parfois des envies compulsives de les revoir. Sinon, ça va. Bon, bien sûr, la liste qui suit est purement subjective et ne se veut en aucun cas définitive. C’est juste les cinq films de Carpenter que je préfère revoir, au fond.

(Lire la suite…)



Carnival of souls
mars 23, 2009, 12:42
Classé dans : Chronique de film

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[Chronique publiée en février 2009 sur le blog Theater of the Mind]

5 janvier 2000 : «Sixième sens» sort en salles. Le film, troisième long-métrage du réalisateur et scénariste américain M. Night Shyamalan, fait l’effet d’une bombe grâce à son twist final, l’un des plus forts du cinéma avec celui d’ «Usual Suspects». Une partie de la presse crie au génie. Les spectateurs ayant déjà vu le film sont alors priés de la boucler pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte à leurs petits camarades. L’histoire, les rebondissements, la réalisation… tout semble extrêmement novateur. Et pourtant…

Pourtant, Shyamalan n’a rien inventé. Une quarantaine d’années plus tôt, une petite production à 30000 dollars (une misère), évoquait déjà tout ces thèmes, et s’achevait par un twist équivalent. C’était en 1962, et ce petit film d’une heure et quart aujourd’hui oublié s’appelait «Carnival of Souls». Un petit film oublié, certes, mais qui a longuement hanté l’esprit des spectateurs l’ayant visionné, parmi lesquels David Lynch, George Romero et John Carpenter, qui s’en sont inspirés à des degrés divers au cours de leur carrière. Un petit film oublié et sans prétention qui prend la poussière depuis des décennies mais a donc eu une influence majeure sur le cinéma fantastique.

L’histoire en est simple. Seule survivante d’un accident de voiture, Mary part vivre dans l’Utah, où elle vient de trouver du travail – elle est organiste dans une église. Son souhait : reprendre une vie normale et oublier le tragique accident qui a coûté la vie à deux de ses amies. Mais dès le début de son voyage, des êtres fantomatiques qu’elle est la seule à voir apparaissent et semblent la poursuivre.

Le film de Herk Harvey – son seul long-métrage, le reste de sa filmographie est constitué de documentaires et de courts – vaut plus par son atmosphère, onirique et effrayante, que par sa finesse scénaristique. «Carnival of Souls» n’a pas de réelle trame narrative, mais est construit autour du personnage de Mary, suivant son arrivée dans la ville, son trouble et son attirance obsessionnelle vers un ancien parc d’attractions en ruines.

Malgré ses défauts et certains éléments ayant mal vieilli, «Carnival of Souls» reste un grand film. Par ses plans de fantômes et de ruines désertes en noir et blanc, son ambiance, sa bande originale angoissante jouée à l’orgue mais aussi par son actrice principale, Candace Hilligoss, parfaite dans le rôle de Mary, toujours sur le qui-vive et paralysée par la peur. Pour la petite histoire, Harvey avait failli ne pas la retenir pour le rôle, la jugeant démodée et mal fagottée, avant de revenir sur sa décision lors d’une seconde rencontre.

« Ce film a souvent hanté mes rêves », déclarait David Lynch à propos de «Carnival of Souls». Rien d’étonnant à cela, tant l’ambiance générale rappelle les films du réalisateur de «Lost Highway», quelque part entre rêve, cauchemar et réalité, et dans lesquels il vaut mieux ne pas chercher d’explication plausible. Harvey, lui aussi, brouille les pistes, ne cherche pas à expliquer de manière «cartésienne» son histoire – ce qui lui fut reproché à l’époque, le public et les critiques attendant un dénouement plus logique.



Ettore Scola – Affreux, sales et méchants (1976)
février 25, 2008, 9:03
Classé dans : Chronique de film

Article publié sur le site True Duke en mai 2006.

Portrait sans fard de la vie dans un bidonville de la banlieue romaine dans les années 1970, “Affreux, sales et méchants” devait n’être qu’un simple documentaire. Mais, suite à ses discussions avec les habitants de ces baraques (appelés les “baracat”), le metteur en scène italien Ettore Scola préféra finalement s’orienter vers une œuvre de fiction, tout en restant dans le registre réaliste.

L’histoire est simple et l’intrigue quasi inexistante. Scola nous fait suivre le quotidien d’une famille d’immigrés en provenance du sud de l’Italie, installée depuis quelques années avec d’autres familles sur une colline dans la périphérie de Rome. Une histoire démarrant sur une telle base pourrait s’avérer rapidement ennuyante. Mais il ne s’agit pas d’une famille ordinaire. Organisée autour de Giacinto, ancien maçon éborgné suite à un accident de travail et régnant en patriarche sur sa maisonnée, celle-ci est composée d’une vingtaine de membres vivant entassés les uns sur les autres. Tous au chômage, ils survivent de rapine, d’autres activités plus ou moins illicites (vol, prostitution…) et de divers expédients (pension de la grand-mère que tout le monde se partage…).

Personnage haut en couleur, Giacinto est détesté par toute sa famille. Véritable tyran, vieillard lubrique et alcoolique n’hésitant pas à poignarder sa femme parce que celle-ci a eu le tort d’accepter un cadeau (un balai à chiotte, pensez-vous !) de la part d’un ami, il est en plus de ça d’une avarice sans nom. Veillant jalousement jour et nuit sur le million de lires que les assurances lui ont versé suite à la perte de son œil, il refuse d’en donner la moindre part et préfère que sa famille vive dans la crasse et la misère. Sans dévoiler la principale péripétie du film, cela conduira ses proches excédés à tenter de le tuer. Afin de se faire une idée de cette crasse à la fois physique et mentale, un exemple suffit : la belle-fille de Giacinto, penchée en avant, se lave les cheveux dans un lavabo. Le frère de son propre mari, travesti et prostitué notoire (sa mère l’appelle “Fesses écartées“), entre dans la maison et voyant cela, se met immédiatement à la forniquer, alors que la grand-mère et les enfants sont dans la pièce d’à côté. Heureuse, la jeune fille ne proteste que pour faire bonne figure et achève de se laver. Giacinto observe la scène depuis une fenêtre. Il fera lever en pleine nuit sa belle-fille pour pouvoir à son tour profiter de sa «jeunesse » dans les toilettes de la baraque, la menaçant de tout révéler à son mari si elle résiste.

Ettore Scola livre donc un film extrêmement sombre et malsain, mais également très drôle tant les personnages, presque tous “affreux, sales et méchants” paraissent vouloir se surpasser les uns les autres en cruauté. Sans suivre de trame narrative, le réalisateur italien parvient à captiver le spectateur pendant l’heure cinquante que dure le film. Il suit ces personnages à travers leurs actions quotidiennes (le réveil chaotique, aller chercher de l’eau à la pompe, mener les enfants dans la cage qui sert de garderie…), livrant un témoignage fort et marquant sur la vie de ces laissés pour compte de la société italienne vivant au milieu de la boue, des ordures et des rats. Il montre ainsi avec brio comment la société de consommation qui se met en place (le film se passe dans les années 60-70) bafoue leur culture et leurs repères. La plupart de ces personnages, à l’exception notable de l’excellent Nino Manfredi (Giacinto), sont d’ailleurs interprétés par des habitants des bidonvilles, ce qui posa un certain nombre de problèmes lors du tournage (acteurs ne venant que quand ils en avaient envie, obligés d’aller pointer au commissariat…).

Si de nombreuses scènes font sourire, “Affreux, Sales et Méchants” n’en reste pas moins un film pessimiste, s’achevant sur l’image éloquente d’une fillette de douze ans déjà enceinte, métaphore du cercle vicieux dans lequel sont enfermées ces populations. Le film fut très critiqué à sa sortie (1976), tant par les catholiques, qui ne retrouvaient pas l’image du “bon pauvre” tel qu’il est idéalisé dans la Bible, que par la Gauche, qui accusa le metteur en scène d’avoir réalisé un film anti-prolétaires. Il n’en demeure pas moins que “Affreux, Sales et Méchants” est un excellent film, grinçant, dérangeant et drôle, qui obtînt le Prix de la mise en scène au festival de Cannes de 1976.