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[Article publié dans le quotidien La Croix en mai 2009]
Jean Ricouart ne devait pas être né sous une bonne étoile. En 1946, tout juste rentré de déportation pour faits de résistance, le jeune homme est à nouveau inculpé de complicité de meurtre par un juge d’instruction qui officiait déjà sous l’Occupation. Les faits qui lui sont reprochés ? Avoir participé, quelques années plus tôt, à l’assassinat d’un homme considéré comme traître et collaborateur. Dès lors, sa vie – mais aussi celles de sa femme et de son jeune fils – bascule et vire au cauchemar.
Adaptée d’un roman de Didier Daeninckx, « La mort n’oublie personne » n’est pas une fiction joyeuse. Enserré entre les briques rouges des corons, le gris plombé du ciel et la rouille triste des ateliers, étouffé par un contexte historique peu propice aux idylles et aux romances amoureuses, le destin de Jean Ricouart, malgré quelques éclaircies temporaires, se déroule comme une histoire désespérée ponctuée de bien funestes coups du sort.
Dans leur adaptation, Laurent Heynemann et Marie-Pierre Thomas n’ont pas cherché à entretenir le suspense : dès les premières minutes, une bonne part de l’intrigue et de ses enjeux dramatiques est dévoilée. La tension qui émane de chaque plan de « La mort n’oublie personne » provient plus de cette destinée inéluctable d’un homme sur lequel la malchance paraît s’acharner, qu’il poursuive naïvement et honnêtement ses idéaux ou cherche à se venger.
Au-delà de ces aspects narratifs, ce téléfilm est aussi un témoignage historique intéressant sur la période de l’Occupation et de l’immédiat après-guerre. Sans manichéisme, il dépeint différents types de comportements humains : non seulement les attitudes héroïques et les attentistes, mais aussi les hommes résistant par intérêt et tirant parti du chaos. Une diversité des caractères qui rend compte de la complexité de l’époque.
Téléfilm diffusé sur France 2 le 5 mai 2009.
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[Article publié dans le quotidien La Croix en avril 2009]
« C’était l’horreur, l’horreur absolue. On a du mal à croire que ça a existé. Si je ne l’avais pas vu de mes propres yeux, je n’y croirais pas », raconte un témoin. En août 1941, les Einsatzgruppen, les commandos de la mort jusque-là chargés de traquer et d’éliminer les juifs et les communistes en Europe de l’Est, reçoivent de Himmler la consigne de tuer également leurs femmes et leurs enfants. L’extermination prend le pas sur la « prévention » : en quelques années, les groupes d’intervention de l’armée allemande assassineront plus de 1,4 million de juifs.
« Einsatzgruppen, les commandos de la mort », le documentaire consacré par Michaël Prazan à ces quatre sections de 3000 hommes qui ratissèrent l’Europe de l’Est de 1941 à 1945, est un film historique à la fois captivant et éprouvant. Captivant parce que ce volet de la Solution finale reste assez peu connu ; Michaël Prazan, qui a effectué une longue et minutieuse enquête sur le sujet, l’explique avec pédagogie et simplicité, laissant quand il le faut la parole aux historiens et aux témoins. C’est au niveau de ces témoignages que son travail est particulièrement remarquable : outre des survivants, le réalisateur est parvenu à interviewer d’anciens membres des Einsatzgruppen, en caméra cachée.
Il vaut toutefois mieux déconseiller ce documentaire aux plus sensibles. Car « Einsatzgruppen » montre les côtés les plus sombres de la nature humaine : les foules se livrant aux pogroms et les bourreaux s’amusant des souffrances infligées aux victimes – parfois photographiées et filmées – lorsqu’elles se rendent sur les lieux de leur exécution.
Documentaire diffusé le 16 avril sur France 2.

[Portrait publié sur le site The French Touch en avril 2009]
A 26 ans, le caennais Orelsan, qui vient de sortir son premier album, est la révélation hip-hop de ce début d’année 2009. D’abord coqueluche des médias avant d’être sacrifié sur l’autel du féminisme plus que de la femme, portrait d’un rappeur qui a refusé de grandir, à l’inverse de sa bulle médiatique. La grenouille et le boeuf.
“J’ai grandi avec Van Damme, les jouets Bandaï, Slash et Ken ; comment voulais-tu que je devienne fréquentable ?” (‘Ramen’, 2008)
Un baggy noir tombant sur une paire de Nike Air, un sweat à capuche multicolore, une casquette masquant à peine un visage renfrogné et poupin malgré une barbe de deux jours… A 26 ans, Orelsan en paraît facilement dix de moins. Le jeune homme est comme le laissent deviner ses textes : éternel adolescent insouciant et un brin timide, à la voix traînante dont les intonations rappellent par moments celle de Doc Gyneco. A le voir ainsi, à la fois tranquille et sur la réserve, il est difficile de croire que l’on se trouve en face du buzz rap français du moment, de la nouvelle coqueluche des médias. Et pourtant…
Pourtant, depuis la sortie en février de son premier album, “Perdu d’avance”, Orelsan a bel et bien plongé la tête la première dans le grand bain médiatique, sollicité par les grands quotidiens nationaux, les journaux gratuits, les chaînes de télé et la presse spécialisée. “Il m’est arrivé d’enchaîner onze interviews dans la journée, tu te rends compte ?”, lâche-t-il les yeux écarquillés en feignant de se plaindre, comme étonné par ce début de notoriété qui semblait jusqu’ici le fuir comme la peste. “Il arrive que des inconnus croisés dans la rue viennent me parler de ma musique. Et les deux concerts qu’on a faits en Normandie étaient complets. On a même dû refuser du monde – certains attendaient devant la salle depuis 16 heures…” Une véritable révolution pour celui qui, il y a à peine un an, peinait à trouver dix personnes prêtes à jouer les figurants dans le clip bricolé à la hâte de ‘Changement’, devenu depuis un hymne de la génération Game Boy.
Alors forcément, il lui a fallu s’adapter. “C’est vrai que depuis quelques semaines, j’ai changé de rythme de vie, réappris à me lever tôt, mis le frein sur certains excès”, concède-t-il en commandant un jus de tomate, démarrage soft en prévision d’une après-midi de répétition pour “Ce soir (ou jamais !)”, l’émission de Frédéric Taddeï. Car les journées d’Aurélien Cotentin, alias Orelsan (Orel pour abréger son prénom, San pour les mangas nippons dont il est fan – le terme signifiant “Monsieur” en japonais) n’ont pas toujours commencé avant midi.
Titulaire d’un bac ES suivi de quatre années d’études dans une école de commerce/management à Caen, il a ensuite enchaîné les petits boulots pendant plusieurs années. “A la fin de mes études, j’étais complètement largué. Incapable de me “vendre” aux employeurs. Donc j’ai vite laissé tomber et pris ce que je trouvais : télémarketing, livreur, employé chez Quick, éboueur et… veilleur de nuit dans un hôtel”. C’est là, pendant ces longues nuits passées sans avoir grand-chose à faire, qu’il a écrit la majeure partie de son album – onze titres sur quatorze.
De ces expériences de la vie en décalage horaire, il a hérité une sorte d’attitude de loser né, et donné naissance à un personnage narrant sur rythmiques hip-hop ses soirées alcoolisées ratées, ses plans drague foireux, ses nuits passées devant la console ou l’ordi, ses petites déprimes… Bref, un personnage à mille lieues de la représentation classique du rappeur, vu au pire comme un monstre de charisme rugissant sa colère au micro, postillonnant son trop-plein de testostérone sur l’ensemble de la société ; au mieux comme un poète urbain alignant des mots de plus de quatre syllabes sur des musiques feutrées. Lui vient d’une autre planète.
Normand, blanc, diplômé, fils d’un directeur de collège et d’une institutrice en maternelle : a priori, rien ne destinait Aurélien Cotentin à se lancer dans le monde du rap. Nourri au hard rock des Guns & Roses et à la pop de Michael Jackson, c’est à travers sa passion pour le basket-ball qu’il a été initié au hip-hop, il y a une quinzaine d’années. “Les potes avec qui je jouais me chambraient tout le temps. Pour eux, c’était inconcevable de faire du basket sans écouter de rap, les deux allaient ensemble. Donc j’ai commencé à en écouter, sous la pression, puis je me suis pris de passion pour cette musique”. Au point de se mettre à composer des instrumentaux sur son ordinateur et à gratter ses premiers textes en solitaire, pour les rapper ensuite avec ses amis. “On m’a vite fait comprendre que j’étais meilleur rappeur que compositeur”, se rappelle-t-il en souriant. “Une manière de me dire gentiment que mes sons n’étaient vraiment pas terribles”.
“Mes idéaux ? C’est prendre ma retraite après avoir percé ; passer le restant de mes jours à mater des films de karaté.” (‘Différent’, 2009)
Depuis, l’apprenti-rappeur a fait son chemin, utilisant au mieux les possibilités offertes par Internet, jusqu’à devenir l’un des premiers représentants d’une partie de l’auditoire rap souvent oubliée : les jeunes provinciaux de classe moyenne, nés dans les années 80, ayant grandi avec une manette de console dans les mains, la musique de Dr. Dre dans les oreilles et des rêves de puissance hérités de Dragon Ball Z plein la tête. “Ce n’est pas quelque chose que j’ai recherché, je me contente de rapper ce que je suis. 95% de ce que je raconte dans “Perdu d’avance” est autobiographique”, confie-t-il modestement. Toujours est-il qu’aujourd’hui, il est difficile de lui trouver un modèle, une source d’inspiration tant son originalité est frappante. Oublions Eminem, TTC ou le Klub des Loosers, références avancées un peu trop hâtivement ; seul le lien avec Mike Skinner (The Streets), jeune Anglais racontant entre rap et spoken-word son quotidien banal de glandeur rongé par le manque de motivation, tient la route. Avec en plus, chez Orelsan, une touche d’originalité supplémentaire : celle d’avoir l’impression d’entendre, dans chacun de ses couplets bardés de références aux jeux vidéos ou aux dessins animés du Club Dorothée, une espérance secrète devenue cri de ralliement : l’âge bête ne passera pas ! Orelsan, ou l’immaturité érigée en qualité et en mot d’ordre.
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[Article publié dans le supplément TV du Monde en février 2009]
Nuit du 20 au 21 juin 1791, 00h30. Déguisé en bourgeois, Louis XVI fuit Paris et le Palais des Tuileries dans une berline tirée par six chevaux. Ses enfants et sa femme, la reine Marie-Antoinette, l’accompagnent. Quand ils prennent la route pour rejoindre le marquis de Bouillé à Montmédy (Lorraine), le roi et son épouse ignorent qu’ils signent là leur arrêt de mort.
21 juin 1791, l’évasion de Louis XVI est, après L’assassinat d’Henri IV, diffusé en janvier, le second volet de Ce jour-là tout a changé, la collection de docu-fictions produite par France Télévisions. Il raconte la fuite du roi et son arrestation à Varennes, où il est reconnu par le maître de poste Jean-Baptiste Drouet, fait prisonnier puis ramené de force à Paris où il sera guillotiné deux ans plus tard.
Le film d’Arnaud Sélignac prend sans s’en cacher le parti du roi de France. « Le documentaire montre le roi tel qu’il est, explique Jean-Christian Petitfils, conseiller historique sur le tournage. (…) C’est un homme très intelligent, pas du tout cet esprit lourd que l’on a décrit. » Ce choix de le présenter comme une victime – un “roi martyre”, pour reprendre les termes employés par la voix off du film – est salutaire, permettant à 21 juin 1791 d’échapper à une neutralité historique de façade qui aurait risqué d’en faire un simple récit chronologique.
Si le spectateur assiste aux réunions des principaux chefs révolutionnaires (Robespierre, Marat…) et aux réactions de Lafayette, le documentaire suit cette journée en adoptant le point de vue de Louis XVI, imaginant, en mêlant suppositions et sources historiques, ses doutes et l’évolution de son état d’esprit au fil des heures. Le jeu efficace des acteurs et la qualité des costumes achèvent de faire de ce docu-fiction une réussite.
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[Article publié en mars 2009 dans les Dernières Nouvelles d'Alsace]
Le groupe de chanson humoristique français La chanson du dimanche était jeudi soir à la Laiterie. Entre rock, funk, r’n’b et zouk love, ils ont livré un show énergique façon club de vacances.
Dans la vie, Clément Marchand et Alexandre Castagnetti sont respectivement professeur de mathématiques et scénariste. Mais c’est comme chanteurs et musiciens qu’ils se sont fait connaître sur internet. Leur concept est simple : depuis février 2007, ils mettent en ligne, chaque dimanche, une nouvelle video les montrant en train d’interprêter une chanson de leur composition dans un décor différent. Le succès n’a pas tardé – leurs videos ont plusieurs fois été élues « video star » sur Dailymotion -, au point que le duo a réuni une partie de ses chansons sur DVD et entamé une tournée passant par la France et la Belgique.
Ils étaient jeudi soir à la Laiterie, devant un public nombreux pour cette occasion. Un public plutôt jeune – entre 20 et 35 ans dans l’ensemble -, venu à la fois pour écouter de la musique et s’amuser. Car La Chanson du dimanche ne se contente pas de jouer ses morceaux, mais tient à faire participer les spectateurs et à divertir. Standing ovation après avoir fait asseoir tout le monde par terre, chenille géante, discussions entre deux morceaux, blagues, danse de l’été… Alexandre et Clément ne se ménagent pas pour donner à leur concert/spectacle des airs de soirée au club med. Chez eux, dynamisme et humour sont les maîtres mots.
Cette façon d’aborder la scène s’accorde parfaitement avec la tonalité de leur musique, volontiers kitsch (boîte à rythmes basiques, grosses mélodies électroniques façon disco des 80’s) aux accents pop, et de leurs textes, se prenant rarement au sérieux. S’inspirant de la politique, de l’actualité people ou musicale et des comportements quotidiens, Alexandre et Clément créent des morceaux entraînants aux refrains fédérateurs et accrocheurs. La preuve qu’avec un bon esprit, un synthétiseur, une guitare et une sacrée dose de bonnes idées, on peut faire une musique tenant parfaitement la route.
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[Article publié dans le supplément TV du Monde en janvier 2009]
Ceux qui ont vu Mohamed Ali combattre disent qu’il dansait sur le ring. Cogneur vif et précis, doté d’un sens de l’esquive redoutable, chambreur hors pair devenu champion du monde des poids lourds à seulement 22 ans, il a marqué l’histoire de la boxe, par son style, du sport et des Etats-Unis.
Car ce ne sont pas seulement ses K-O et son palmarès qui en ont fait le plus grand sportif du XXeme siècle. Au-delà de ses victoires, Ali reste l’une des figures noires américaines les plus célèbres. D’une part parce qu’il abandonna son “nom d’esclave”, Cassius Clay, et adhéra à la Nation of Islam, le mouvement pronoir d’Elijah Muhammad, à une époque où les Noirs devaient descendre du trottoir pour laisser passer les Blancs s’il pleuvait. Mais aussi parce qu’il s’opposa à la guerre du Vietnam et refusa de servir dans l’armée américaine, déclarant, avec son sens habituel de la formule, que les Vietcongs ne l’avaient, eux, jamais traité de nègre.
L’excellent documentaire en deux parties de Phil Grabsky retrace la carrière de Mohamed Ali, traitant de façon équilibrée les prouesses du “People’s Champ” gants aux poings ou derrière un micro. Les témoignages de journalistes, d’artistes, de sportifs et de ses proches expliquent comment celui qui aurait pu se contenter d’une carrière – exceptionnelle – de boxeur s’éleva au-dessus de ses semblables pour devenir un modèle et une idole. “Il nous apprit à être fiers de notre couleur, nous rappela que le Noir est beau“, résument ainsi plusieurs témoins.
Documentaire diffusé sur la chaîne Histoire le 2 février à 20h35.
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[Article publié dans le supplément TV du Monde en janvier 2009]
Plus de quarante condamnations pour vol à main armée, violence sur des fonctionnaires de police, agression de gardiens de prison, escroquerie, détention d’armes, évasion et fraude. Poursuites judiciaires pour émeutes carcérales, trafic de drogue, enlèvement, racket et menaces sur témoin. C’est ce qu’on appelle un CV bien chargé : à 39 ans, Dominic Noonan a passé 22 années derrière les barreaux dans 27 pénitenciers différents.
Ce chef d’un des plus puissants clans mafieux de Manchester n’est pas un personnage de fiction. Pendant trois ans, Donal MacIntyre, célèbre journaliste d’investigation au Royaume Uni, a suivi Noonan et les membres de sa « famille » pour en brosser un portrait froid et réaliste. Le fruit de son enquête, « A very british gangster », est un documentaire hallucinant de plus d’1h30, logiquement récompensé par le Grand Prix du Festival de Cognac en 2007.
« Ici, c’est Manchester, explique Noonan. Le jour, la police fait la loi. La nuit, ce sont les gangsters. » Pas de langue de bois, chez ce père de famille bisexuel au physique de garçon boucher, le crâne rasé de près et accusant une centaine de kilos sur la balance. Pas de pudeur, non plus. Il passe sa vie en revue : de son enfance au sein d’une famille nombreuse à son viol presque quotidien en foyer, par des garçons plus âgés ; de son emploi de videur au cours duquel il décapita un chien à la machette pour calmer un gang à ses braquages et évasions de prison. « Qu’est-ce que tu ressens quand tu vois passer un fourgon blindé ? », lui demande le journaliste. « J’ai la trique », sourit Noonan. Tout est dit. A la fin du documentaire, il est à nouveau enfermé, pour plusieurs années. La raison ? Possession d’un revolver – un moindre mal, quand on voit qu’il est ressorti quelques temps plus tôt acquitté d’un procès pour torture.
L’écueil majeur de « A very british gangster » aurait pu être une glorification du personnage de Noonan, qui en aurait fait un gangster romantique, social et révolté. Mais Donal MacIntyre l’évite, préférant dresser le portrait de jeunes gens (le clan est majoritairement composé de garçons d’une vingtaine d’années) « prédestinés à une vie de crimes ». Comme un film de Ken Loach, « A very british gangster » est aussi la description d’une partie du prolétariat anglais, coincé entre rêves de gloire sportive ou musicale et argent facile. A l’image de Sean, jeune chanteur se voyant en futur Sinatra et se produisant à l’occasion « des mariages, des enterrements et des acquittements » (sic). Ou de Bugsy, le fils de Dominic Noonan, qui en onze ans n’a quasiment jamais vu son père et s’imagine futur boxeur professionnel ou footballeur. MacIntyre, déjà auteur de plongées en apnée dans l’univers des hooligans, des trafiquants d’armes et de la traite des blanches, réalise là un beau film coup de poing, mélancolique et brut.
Film diffusé sur Canal + le 6 février à 23h20
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[Article publié dans le supplément TV du Monde en janvier 2009]
Quand Spence se réveille, il est prisonnier.Seul, dans une pièce froide et vide dont les murs suintent d’humidité. Il ignore ce qu’il fait là. Son unique moyen de communication est un téléphone portable, qu’utilise son geôlier pour lui donner des instructions. L’objectif du jeune homme, dès lors, est de s’échapper, afin de sortir vivant de cet enfer.
Mélange sans saveur d’éléments pris dans “Saw”, “Cube” et “Prison Break”, “Cell” ne se distingue que par son mode de diffusion. Depuis le 22 janvier, la série, produite par Endemol, est retransmise en exclusivité sur les blogs affiliés au réseau BlogBang (fournisseur de contenus publicitaires). Chaque semaine, deux épisodes de deux minutes sont visibles sur la page d’accueil du site et sur les blogs qui accepteront de les retransmettre. L’annonceur, l’école d’informatique Epitech, et le producteur, Endemol, espèrent profiter des 10,9 millions de visites uniques enregistrées chaque mois par BlogBang.
““Cell” est un programme court et dynamique, explique Axel de Charentenay, directeur des nouveaux médias chez Endemol France. Pour nous, il s’agit avant tout d’innover, d’investir un nouveau terrain d’expansion.” Dommage que “Cell”, présentée comme la “première série-fiction européenne diffusée en exclusivité sur les blogs” souffre de gros problèmes de réalisation. Le format de cette première saison (20 webisodes de deux minutes) donne un résultat trop saccadé, tout comme le parti pris de diviser l’histoire en deux séquences narratives distinctes. Présenté par Epitech comme un culturel destiné aux geeks avec de nombreuses références au cinéma, séries et jeux video, “Cell” ne devrait pourtant pas dépasser le statut de série aussi vite oubliée que regardée.
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[Article publié dans le supplément TV du Monde en janvier 2009]
Au cours d’une mission au Nigeria, l’agent secret Michael Westen (Jeffrey Donovan) apprend subitement son licenciement. Sans plus d’explications, ses supérieurs l’abandonnent, le laissant désemparé face au mafieux russe avec lequel il était censé négocier. Ses comptes bancaires sont gelés. Son nom est rayé des fichiers du gouvernement. De retour à Miami avec quelques bleus et côtes fêlées, il va chercher à comprendre qui l’a mis dans cette situation et pourquoi, épaulé par une ex-petite amie experte en explosifs (Gabrielle Anwar) et un vieil ami imbibé d’alcool (Bruce Campbell, le grand Ash de la trilogie « Evil Dead »).
Sous ces airs de série/thriller basique, « Burn Notice » cache en fait un concept gentiment débile, donc franchement sympathique – c’est-à-dire sans prétention, divertissant et à prendre au second degré. La série de Matt Nix est une version humoristique et décontractée des programmes d’espionnage et des films style James Bond. Michael Westen, agent secret au sourire Email Diamant, commente lui-même en voix off les scènes de chaque épisode. Cela donne une succession de conseils pseudo-professionnels pour apprentis espions, parfois crédibles mais frisant toujours le ridicule (« Lors d’une bagarre, il faut faire attention à ne pas se briser les petits os de la main sur le visage de son adversaire »…). Heureux hasard, le ton parodique de la série fait presque passer le jeu un peu crispé de Jeffrey Donovan pour un effet recherché.
Galerie de personnages stéréotypés amusants, évoluant entre deux blagues et deux coups de poings sous le soleil de Floride au son d’un rap clinquant, de rythmiques latines et de reggaeton, « Burn Notice » permet, à petites doses, de passer un bon moment devant la télévision. La série, produite par la Fox, en est à sa deuxième saison (13 épisodes) aux Etats-Unis. Une troisième serait déjà en préparation.
Série diffusée sur W9 à partir du 5 février à 20h35.
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[Article publié dans le supplément TV du Monde en janvier 2009]
« La voix de la démocratie et de la liberté ». C’est par cette appellation un brin présomptueuse que les Américains désignaient Radio Free Europe (RFE), radio de propagande – financée par la CIA – créée en 1950 à Munich et aujourd’hui encore en activité à Prague.
Au début de la Guerre Froide, les Etats-Unis investissent le terrain des ondes pour une guerre à la fois politique et psychologique. Emettant à destination des pays du bloc soviétique (Pologne, Hongrie, Bulgarie, Tchécoslovaquie, Roumanie), ils espèrent endiguer – ou au moins limiter – l’influence du mode de pensée socialiste. Pour cela, ils proposent des programmes d’information et de variétés, souvent présentés en plusieurs langues par des émigrés ayant fui l’URSS.
Coups de pression, assassinats, attentats, infiltration d’agents… Dès leurs premières années d’existence, RFE et Radio Liberty, sa jumelle, sont une cible privilégiée pour les services secrets des pays d’Europe de l’Est, qui brouillent les ondes pour empêcher l’écoute des émissions. S’ensuit un jeu du chat et de la souris entre techniciens d’un bord et de l’autre, mais aussi entre police et auditeurs. Car écouter RFE ou Radio Liberty, rares fenêtres ouvertes sur le monde extérieur, est interdit. Les Soviétiques doivent multiplier les ruses pour le faire en cachette, quitte à monter sur le toit pour vérifier qu’aucun dispositif d’écoute n’a été installé par le KGB.
Le documentaire de Christian Bauer fait la part belle aux témoignages d’auditeurs, de directeurs, journalistes et animateurs de la radio. Tous se souviennent du stress, de la pression, des débuts hésitants et de l’évolution vers plus de professionnalisme. Ils revisitent aussi quarante ans de Guerre Froide et analysent l’action de RFE, son influence, ses erreurs (trop d’enthousiasme et d’optimisme lors de l’insurrection de Budapest en 1956) et ses succès (le rôle important après le tremblement de terre de Bucarest en 1977). Passionnant de bout en bout, « Radio Free Europe » est un film dense retraçant un aspect méconnu de l’affrontement des deux blocs.
Emission diffusée sur Arte mercredi 4 février à 20h45.